Callifollies > Les 5 et 6 juillet 2014 > Saint-Bonnet-le-Troncy

L'art s'écrit au pied des douglas

 

Organiser un festival de calligraphie en milieu rural ? Entre collines et forêts de douglas ? C’est le pari un peu timbré que tentèrent en 2010 une poignée de passionnés de haute vallée d’Azergues. « Parce que cet art vivant, chargé de sens, est trop méconnu en France ; parce que le geste d’écrire est magnifique et que nos paysages, d’une beauté à couper le souffle, ne peuvent que nourrir la créativité », explique Christiane Millet, l’instigatrice de ces rencontres originales.

 

Une parenthèse de partage

Loin de se contenter de devenir une énième vitrine de cet art, les Callifolies s’attachent en effet, par le biais d’ateliers animés par des artistes reconnus, venus d’univers très différents, à favoriser la pratique, les échanges et l’enrichissement mutuel. « C’est une parenthèse de rêve et de partage », insiste Christiane Millet. Parmi les invités, cette année : Bruno Riboulot, calligraphe-sculpteur, spationaute de l’art nouveau ; le graffeur Joffrey Sénéchal, virtuose de la mise en perspective ; l’Irakien Mahmoud Bagdadi, spécialiste de la calligraphie arabe, poète, graveur et homme de théâtre ; le Tibétain Lungtok Choktsang, amchi médecin tibétain et calligraphe du monastère de Shitsang, professeur de langues orientales.

 

Spectacle lumineux
Également au programme : un spectacle de calligraphie lumineuse de Gildas Malassinet-Tannou, féru de calligraphie latine et arabe, d’enluminure et de runes, des expositions dont une d’art postal, un atelier barbotine, une foire aux livres anciens, des animations… Une troisième édition pleine de promesses qui prouve que le jeu en valait bien la chandelle. Après Lamure-sur-Azergues et Grandris, les Callifolies s’établissent cette fois dans le ravissant petit village de Saint-Bonnet-le-Troncy. Un cadre bucolique propice à la contemplation.

 

3 questions à Christiane Millet

Enlumineuse-calligraphe, Christiane Millet est à l’origine des Callifollies. Aujourd'hui, elle en assure la direction artistique.

Calligraphie et ruralité… L’alliance n’était-elle pas un peu improbable ?
Il fallait un peu de culot, c’est vrai. Mais la calligraphie est un art qui appartient à tous. Alors pourquoi pas ici. Nous souhaitions apporter, sans prétention aucune, un peu de rêve. Nous avions envie de montrer ici quelque chose de différent. Les Callifolies, ce sont des ateliers, des expositions, des spectacles, des animations… Tout cela en deux jours. Et cela fonctionne ! L’écriture représente un geste universel, vivant, accessible à tous, qui demande peu de moyens.

De plus, la calligraphie se nourrit de la richesse intérieure de chacun. Cet environnement rural, la conception des Callifolies favorisent la proximité entre le public et les artistes, et également entre les artistes. Car ils réaliseront une oeuvre commune, dans un grand brassage de civilisation. Un vrai challenge ! Et puis, franchement, comment ne pas avoir envie de pratiquer cet art dans un endroit aussi beau que la haute vallée d’Azergues ?

 

Quel est votre public ?
Des amateurs, des passionnés, des néophytes, de simples curieux, du plus jeune à l’aîné qui a appris à écrire avec une plume. Depuis une dizaine d’années, cette discipline rencontre plus d’intérêt. Comme si notre course à la modernité réveillait le besoin de travailler sur ce qui existait avant…

 

Comment choisissez-vous vos invités ?
Nous privilégions le mélange des genres et des styles. Les graffeurs, par exemple, sont rarement invités à ce genre de manifestation. Chez nous, ils ont une place à part entière. Mais surtout, je suis sensible à leur approche humaine, leur envie de partager leur savoir-faire et leur énergie. Ici, chacun apprend de l’autre. L’ambiance en devient très sympa.

La calligraphie au pied de la lettre

Calligraphie vient du grec Kàllos (beauté) et de graphein (écrire). Mais encore ? Lexique minuscule pour art capital (à noter dans vos tablettes d’argile bien-sûr).

comme… A chacun son style : tibétaine, arabe,

latine, celtique… la calligraphie s’enrichit de toutes

les cultures. Elle se renouvelle en permanence,

se prête à toutes les audaces. Impressions sur textile, jeux de couleurs et même écriture lumineuse :

nombre d'artistes la mettent au service de leur créativité.

C comme… Calame : roseau taillé en pointe

dont on se sert pour calligraphier. Mais l’artiste

peut utiliser tout ce qui lui tombe sous la main : carton, branche, plume d’oie ou de métal, cagette, balsa, canette…


comme… Depuis si longtemps : depuis que l’homme est

sur terre, il a toujours laissé des traces, des traits, des ronds,

des pointillés. Ces traits ajustés ensemble deviennent des mots, les mots des phrases, les phrases des textes, les textes des livres.

comme… Elitisme : une étiquette erronée qui colle à tort

à la calligraphie. Tout le monde écrit. Cet art demande en outre très peu de moyens : de l’encre, une feuille, une plume…

F comme… Festival : les festivals dédiés à la calligraphie sont rares. En proposant des ateliers animés par des artistes reconnus, les callifolies se démarquent...


 

comme Gestuelle : ou l’art de savoir garder l’esprit

en modifiant la forme.

 

 

H comme Histoire : histoire de ceux qui nous ont précédés, reflet de notre présent, tremplin pour l’ avenir.


L comme… Lumière : grâce à la photographie et

aux technologies numériques, la calligraphie s’écrit

désormais en lettres de lumière. Magique, elle évolue,

perdure et se renouvelle au fil des siècles

selon le goût, l’inspiration et le travail des calligraphes.

 

U comme… Universel : écrire est un geste commun

à toutes les civilisations depuis plus de 5000 ans.